A parcourir les différents forums de voyage, je me suis aperçu que le bon conseil était souvent noyé dans une masse de messages plus ou moins au fait de la réalité de ce pays.
Essayer de discerner le réalisme du fantasme est le meilleur moyen de se protéger des vrais dangers, car ils existent, bien sûr.
Tout ce qui suit est en fait une synthèse de lectures d'Offices nationaux et transnationaux (OMS, Institut Pasteur, Ministères de la santé de divers pays francophones et anglophones, Ministère de la Santé de Thaïlande) et de divers bulletins médicaux.
Je préciserai s'il s'agit d'expériences personnelles.
Je n'évoquerai que les aspects particuliers pour ce pays et qui me paraissent pertinents, les précautions d'usage (diarrhée du voyageur, risques dûs au soleil, baignades, etc...) étant valables à peu près partout.
Il faut donc savoir que:
1/ la Thaïlande est un pays très bien couvert médicalement. Toutes les villes sont équipées en hôpitaux ultra-modernes (on vient d'ailleurs de l'étranger pour bénéficier de soins performants).
Les petites villes ont des cabinets médicaux ou dentaires et des pharmacies, les villages possèdent en général un dispensaire et un praticien.
Il est d'ailleurs à noter que depuis la fin des années 90, l'offre de soins pour les Locaux a été réorganisée et modernisée, et désormais la plupart de la population bénéficie de prises en charge efficaces.
Tous les médecins sont au fait des diverses pathologies tropicales, et le seul problème peut- être sera la barrière de la langue.
2/ Suivant différents paramètres, les recommandations médicales ne seront pas les mêmes. Bien tenir compte:
-du profil médical et des antécédents
-du parcours envisagé: ville? campagne? forêt?...
- de la saison
-de la durée du séjour
-du type d'activités, et même des heures de sortie (diurne/ nocturne)
A/ Les vaccinations "de base":
-DTP: c'est "l'évidence", ne pas la négliger! Vérifier suffisamment à l'avance, pour d'éventuelles mises à jour.
B/Les maladies transmises par les moustiques:
Tout d'abord, il faut rappeler quelques faits et conseils généraux:
-la reproduction des moustiques se déroule essentiellement pendant la saison humide, les femelles pondent dans l'eau où la larve se développe. Elles pondent dans des "eaux dormantes". La rive d'un bras d'eau à l'écart du courant, une petite flaque, et Madame trouvera le terrain idéal pour assurer sa descendance.
-la définition des territoires à risques est très complexe: une zone à risque peut se trouver circonscrite à quelques centaines de mètres autour d'un point d'eau (j'ai lu par ailleurs que les spécialistes estiment à 50m de rayon la "zone de chasse" du moustique femelle) alors qu'une autre parcelle avoisinante sera exempte de tout danger: une citerne agricole peut-être une excellente "pouponnière", voire même un simple bac à eau comme on en trouve dans de nombreuses salles de bains "à la thaï".
-l'immense majorité des moustiques locaux est "inoffensive", à savoir qu'une piqûre provoquera les mêmes réactions qu'en Europe: des démangeaisons.
On pourra passer un onguent local (pharmacies): les Thaïs sont aussi sujets aux piqûres!
-le délai entre la piqûre et l'apparition des 1ers symptômes est parfois très long (jusqu'à 10 ans pour certaines formes de paludisme); les autorités médicales en tiennent évidemment compte dans leurs études.
1/ Le paludisme:
Un chiffre: environ 300 cas déclarés de paludisme par an. (Source Banque mondiale).
La situation de la Thaïlande est très complexe. Le risque de paludisme est très divers selon les régions, d"inexistant" à "prévalence" en passant par "contamination sporadique".
Une chose est sure: les voyageurs qui reviennent contaminés sont ceux qui n'ont pas pris de précautions (ce qui ne veut pas dire traitement interne!) contre les piqûres de moustiques en général, et à partir du crépuscule en particulier.
Le moustique anophèle femelle, unique vecteur du paludisme, ne pique pas dans la journée, mais dès que le jour baisse (dans la zone tropicale, la nuit arrive tôt).
TOUS les traitements préventifs sont lourds et présentent de nombreux effets secondaires possibles, par exemple le Doxypalu présente des risques de photosensibilisation ( dans le pays, difficile d'éviter le soleil!), la Malarone des effets digestifs indésirables.
Un traitement pourra éventuellement être prescrit en cas de séjour long, sans excéder 3 mois.
AUCUN TRAITEMENT PREVENTIF NE GARANTIT UNE PROTECTION TOTALE, et de toute façon en cas de fièvre prolongée il faut impérativement consulter avant toute prise de médicament hors paracétamol.
Ce qui veut dire que toute prise de traitement ne peut être envisagée qu'en complément des moyens préventifs externes:
-vêtements longs dès la fin du jour
-répulsifs
-moustiquaires
Dans un article du Bangkok Post en date du 23/08/2011, le Dr. Pratap, professeur associé à la Faculté de médecine tropicale Mahidol, indique qu'en Thaïlande, la plus haute incidence se situe dans les zones forestières à fort relief et cours d'eau situés dans les provinces de Kanchanaburi, Chanthaburi, Trat, Sa Kaeo, Ratchaburi, Tak, Chumphon, Prachuap Khiri Khan, Songkhla, Narathiwat, Ranong, Yala et Mae Hong Son, le paludisme étant la 1ere cause de maladie tropicale des voyageurs qui se présentent aux Centres de soins.
Les souches présentes dans ces régions étant résistantes, il lui semble inutile de prendre des traitements médicaux, ceux-ci pouvant d'ailleurs avoir des effets secondaires importants.
Pour le Dr. Pratap, la meilleure protection contre le paludisme est donc de se prémunir des piqûres de moustiques.
Il rappelle d'autre part que la maladie se déclare en général quelques jours après l'infection, mais que le phénomène pourra se produire des mois, voire des années plus tard.
La page de la Mahidol University ICI
Quelques extraits du BEH, qu'on peut consulter pour sa dernière parution en date ICI
Le choix d’une chimioprophylaxie doit tenir compte :
• des zones visitées classées en pays du groupe 1, 2 ou 3 selon la fréquence des résistances à la chloroquine, au proguanil et à d’autres médicaments (tableaux 3 et 4) ;
• de l’intensité de la transmission ;
• de l’âge et du poids du voyageur ;
• de ses antécédents pathologiques ;
• d’une possible interaction avec d’autres médicaments
• d’une précédente intolérance aux antipaludiques ;
• d’une grossesse en cours ou envisagée ;
• des conditions et de la durée du séjour ;
• de l’évaluation de l’observance en fonction des modalités de prise
Thaïlande
– Le risque de paludisme existe toute l’année dans les zones rurales :
– Particulièrement en forêt et en montagne, dans tout le pays, surtout à proximité des frontières internationales, y compris dans les provinces les plus méridionales
– Il n’y a pas de risque dans les villes (comme Bangkok, Chiang Mai et Pattaya), sur l’île de Samui et dans les principales stations touristiques de l’île de Phuket
– Il y a toutefois un risque dans d’autres zones et îles
– Résistance de Pp falciparum à la chloroquine et à la sulfadoxine-pyriméthamine signalée
– Résistance à la méfloquine et à la quinine signalée dans les zones bordant le Cambodge et le Myanmar
– Infection humaine à P. knowlesi signalée
– Prévention recommandée dans les zones à risque : groupe 1 ; dans les zones proches des frontières avec le Cambodge et le Myanmar : groupe 3
2/ La dengue:
C'est actuellement, pour ce pays, LE risque majeur de maladie par piqûre de moustique: il concerne TOUT le pays, VILLE, CAMPAGNE ou BORD de MER, et le moustique pique LE JOUR.
Compte tenu de la météo changeante, la dengue est pratiquement présente à l'état endémique tout au long de l'année, avec des pics épidémiques.
On indique dans différents bulletins des DOM-TOM que le moustique serait plus actif tôt le matin et avant le coucher du soleil, se reposant aux heures les plus chaudes de la journée, mais il pique à toute heure quand il est réveillé.
Sans entrer dans les détails, on a recensé à ce jour plus de 20 000 cas. Il n'existe aucun vaccin ou traitement préventif, et même si la première piqûre en général n'aura pas de conséquences vitales, il faut essayer de se protéger au maximum.
Il est indiqué que les épidémies sont plus fréquentes en ville (80% des moustiques spécifiques en sont porteurs): en fait, le moustique transmettant cet arbovirus d'une personne infectée à l'autre, c'est donc logiquement dans les lieux de fort peuplement humain qu'il se répand le plus.
Fièvre, grande fatigue...Les formes sévères sont graves mais exceptionnelles.
3/ L'encéphalite japonaise:
Tout d'abord, des chiffres: 34 cas d'Occidentaux touchés sur les 30 dernières années, dont 2 touristes seulement.
Le risque est 1/20 000 à 1/5 000, suivant la durée du séjour.
Les zones touchées sont les zones rizicoles pratiquant l'inondation, ce pendant la saison des pluies. Les activités de plein air sont plus "à risque", car le moustique transmetteur vit à l'extérieur des maisons.
La vaccination est recommandée pour un séjour de plus de 30 jours, dans ces zones, à cette saison.
A noter qu'en zone rurale, cette vaccination est pratiquée en milieu scolaire sur tous les enfants (je me réfère à notre cas familial, province de Khon Kaen), ce qui prouve que pour les personnes y vivant à l'année, cette maladie est prise avec beaucoup de considération.
C/ Conseils pour ce qui précède: protégez-vous des moustiques!
-Avant le départ, on peut appliquer un traitement répulsif sur les vêtements (disponible sous forme liquide ou en spray), résistant au lavage, il offre une bonne 1ère barrière, mais revient assez cher si on veut traiter toute sa garde-robe.
-Utiliser à l'extérieur un répulsif corporel JOUR et NUIT.
Suivant le "type de "peau" (seule l'expérience personnelle pourra le dire), on sera amené à privilégier tel ou tel produit.
L'OMS recommande des produits à base de DEET, et plus récemment à base d'icaridine.
On peut se les procurer en pharmacie avant le départ (bien spécifier "formules pour tropiques") et sur place parfois, mais en concentration moindre.
A ce sujet, il sera utile de comparer les prix pratiqués avec le % de molécule active présente dans la composition.
Je me suis aperçu pour mon cas personnel:
- que les répulsifs locaux à base de citronnelle étaient très efficaces. Vous les trouverez au rayon "produits ménagers" des supermarchés, et en plus petit contenant dans les 7eleven.
-que les produits à base de DEET ne me convenaient pas (piqûres même juste après l'application)
-que les produits à base d'icaridine semblaient plus efficaces sur moi que la DEET.
Répulsifs locaux à base de citronnelle
- DE JOUR COMME DE NUIT, sieste toujours derrière les moustiquaires (vérifier par exemple que les fenêtres de votre chambre sont correctement recouvertes: il n'est pas inutile de voyager avec un adhésif de réparation pour obstruer les trous éventuels).
- Les moustiques se dirigeraient vers leurs "proies" en repérant la chaleur corporelle. L'emploi de l'air conditionné semblerait ainsi les "leurrer", en abaissant notre propre température. Ils sont aussi indisposés par le vent, l'usage du ventilateur (FAN) peut aider.
-selon les dernières recherches des équipes épidémiologiques de ce pays (très en pointe), il semblerait que la sudation attire les moustiques (ce qui expliquerait que les populations locales, transpirant moins, seraient moins sujettes à piqûres) ainsi que les parfums et les dégagements de "vapeurs" d'alcool.
Enfin, dernier conseil: ne paniquez pas à la moinde piqûre! Si vous saviez le nombre d'insectes piqueurs qui sévissent sous les tropiques et sans conséquences sur la santé des Humains!... Bon voyage!

















